Evidemment on pourra toujours se souvenir, pour l’anecdote, uniquement pour l’anecdote, qu’il y a 40 ans (21 juillet 69) Armstrong et Aldrin piétinaient frénétiquement un sol encore vierge de toute majestueuse foulée humaine, le sol lunaire. Oui, bon et alors ? Il y a 40 ans également, comme se plaît à le rappeler le Nouvel obs, naissait vivait et mourait un évènement qui fait encore référence aujourd’hui, le festival des festivals, la Mecque, Woodstock bien-sûr. Tout commence le 14 juillet 69. Et les choses se présentent plutôt mal, les organisateurs comprennent vite que le contrôle du festival leur échappe. On attendait à peine 200.000 personnes, 450.000 déjà convergent vers le site. La logistique vire rapidement au cauchemar, la circulation est totalement bloquée, et ce sont des hélicos de l’armée (un comble pour ce rassemblement qui se voulait peace and love), qui assurent les transports urgents, la sono lâche de toutes parts, et la partie qui tient le coup manque singulièrement de puissance, l’eau commence à pointer aux abonnés absents, même son de cloche en ce qui concerne les vivres, sans parler des sanitaires, quasi absents.
Et pourtant, avec en plus la pluie et l’orage qui s’invitent aux festivités, tout se passe à peu près bien, tout le monde reste parfaitement pacifique.
Faut dire que nous sommes en pleine explosion du mouvement hippie. La sécurité avait d’ailleurs était confiée à la Hot Farm, l’une des toutes premières communautés à fleurs et fringues colorées. Leur service d’ordre s’était autobaptisé la "Please force", mais disposait tout de même d’armes redoutables, à savoir des tartes à la crême et des bouteilles de seltzer. Donc, pas de violences, mais beaucoup de chahut, de sexe et de drogue. Tout de même deux morts à déplorer. L’un par overdose, l’autre écrasé par un tracteur, dans son sac de couchage (Le bipède, dans le sac, pas le tracteur). Woodstock en quelques chiffres : au final près de 500.000 personnes, un trou dans la caisse de 2,4 millions de dollars, des cachets pharaoniques pour l’époque, 32 000 dollars pour Hendrix, 12 500 pour les Who, 12 000 pour le Jefferson Airplane de Jorma Kaukonen, toujours attendu, soit dit en passant au BBC de Caen. A noter enfin que l’on doit la tenue du festival à quatre jeunes new yorkais, moyenne d’âge 25 ans, dont un milliardaire, ça peut aider pour les faux-frais. Et il y en a eu, puisque quasiment personne n’a payé sa place, les barrières de sécurité sensées canaliser la foule n’ayant fait illusion que quelques heures. Au final, que reste t-il de cette grand messe ? Y a t-il un ou des festivals héritiers ? Oui, peut-être celui de Burning Man dans le désert du Névada, où chaque année fin août se rendent 50 000 perssonnes. Petite différence tout de même, le billet d’entrée est à 300 euros, et pas question de resquiller. Peace and love d’accord, mais les affaires sont les affaires.
Tout aussi réputé, mais ne touchant pas le même public, du moins en principe, le Tour de France et sa somptueuse couverture médiatique.
Presse parlée, écrite ou télé, chacun dispose d’au moins un envoyé spécial sur l’épreuve. Et c’est donc en toute logique que j’ai décidé de me déguiser en reporter sportif pour le compte du Bouffon, à mes frais. Bien entendu, pas l’ombre d’un remerciement. Ne supportant guère la chaleur, c’est depuis mon fauteuil que je "couvre" l’évènement, enfin presque puisque ce sont les confrères de France-Télévision qui le font pour moi. Donc, fermement arrimé à ma tasse de café, ou ma bière, c’est selon, je déguste avidement images et commentaires de France 2. Solide équipe, installée en régie et qui assure tout le travail à partir de quelques moniteurs. Derrière le micro et sous le casque, Thierry Adam et Laurent Fignon, efficacement secondés par deux hélicos et deux motos, la première chevauchée par Laurent Jalabert s’occupant des échappés, la seconde avec Laurent Bellet en selle est chargée du peloton. Et pourtant, même lorsque l’organisation semble être parfaitement au point, quelques amusants couacs peuvent parfois se produire. Ainsi, petite conversation entre Thierry Adam (en régie) et Laurent Bellet (moto) :
"Dites-moi Laurent, il nous semble que ça bouge à l’avant du peloton, pouvez-vous nous en dire plus ?"
"Désolé Thierry, nous sommes à l’arrière, et de là nous ne pouvons pas voir ce qui se passe devant. Nous allons tenter de rejoindre la tête de la course." Quelques minutes plus tard, nouvelle intervention de Thierry Adam :
"Laurent Bellet, il semble qu’il y ait eu une chute ou une crevaison à l’arrière du peloton. Pouvez-vous nous renseigner ?"
"Désolé, je suis remonté à l’avant, et d’ici je ne vois absolument pas ce qui se passe à l’arrière. Je vais me laisser glisser."
Avoir ou ne pas avoir le don d’ubiquité, telle est la question.
Evidemment on pourra toujours se souvenir, pour l’anecdote, uniquement pour l’anecdote, qu’il y a 40 ans (21 juillet 69) Armstrong et Aldrin piétinaient frénétiquement un sol encore vierge de toute majestueuse foulée humaine, le sol lunaire. Oui, bon et alors ? Il y a 40 ans également, comme se plaît à le rappeler le Nouvel obs, naissait vivait et mourait un évènement qui fait encore référence aujourd’hui, le festival des festivals, la Mecque, Woodstock bien-sûr. Tout commence le 14 juillet 69. Et les choses se présentent plutôt mal, les organisateurs comprennent vite que le contrôle du festival leur échappe. On attendait à peine 200.000 personnes, 450.000 déjà convergent vers le site. La logistique vire rapidement au cauchemar, la circulation est totalement bloquée, et ce sont des hélicos de l’armée (un comble pour ce rassemblement qui se voulait peace and love), qui assurent les transports urgents, la sono lâche de toutes parts, et la partie qui tient le coup manque singulièrement de puissance, l’eau commence à pointer aux abonnés absents, même son de cloche en ce qui concerne les vivres, sans parler des sanitaires, quasi absents.
Et pourtant, avec en plus la pluie et l’orage qui s’invitent aux festivités, tout se passe à peu près bien, tout le monde reste parfaitement pacifique.
Faut dire que nous sommes en pleine explosion du mouvement hippie. La sécurité avait d’ailleurs était confiée à la Hot Farm, l’une des toutes premières communautés à fleurs et fringues colorées. Leur service d’ordre s’était autobaptisé la "Please force", mais disposait tout de même d’armes redoutables, à savoir des tartes à la crême et des bouteilles de seltzer. Donc, pas de violences, mais beaucoup de chahut, de sexe et de drogue. Tout de même deux morts à déplorer. L’un par overdose, l’autre écrasé par un tracteur, dans son sac de couchage (Le bipède, dans le sac, pas le tracteur). Woodstock en quelques chiffres : au final près de 500.000 personnes, un trou dans la caisse de 2,4 millions de dollars, des cachets pharaoniques pour l’époque, 32 000 dollars pour Hendrix, 12 500 pour les Who, 12 000 pour le Jefferson Airplane de Jorma Kaukonen, toujours attendu, soit dit en passant au BBC de Caen. A noter enfin que l’on doit la tenue du festival à quatre jeunes new yorkais, moyenne d’âge 25 ans, dont un milliardaire, ça peut aider pour les faux-frais. Et il y en a eu, puisque quasiment personne n’a payé sa place, les barrières de sécurité sensées canaliser la foule n’ayant fait illusion que quelques heures. Au final, que reste t-il de cette grand messe ? Y a t-il un ou des festivals héritiers ? Oui, peut-être celui de Burning Man dans le désert du Névada, où chaque année fin août se rendent 50 000 perssonnes. Petite différence tout de même, le billet d’entrée est à 300 euros, et pas question de resquiller. Peace and love d’accord, mais les affaires sont les affaires.
Tout aussi réputé, mais ne touchant pas le même public, du moins en principe, le Tour de France et sa somptueuse couverture médiatique.
Presse parlée, écrite ou télé, chacun dispose d’au moins un envoyé spécial sur l’épreuve. Et c’est donc en toute logique que j’ai décidé de me déguiser en reporter sportif pour le compte du Bouffon, à mes frais. Bien entendu, pas l’ombre d’un remerciement. Ne supportant guère la chaleur, c’est depuis mon fauteuil que je "couvre" l’évènement, enfin presque puisque ce sont les confrères de France-Télévision qui le font pour moi. Donc, fermement arrimé à ma tasse de café, ou ma bière, c’est selon, je déguste avidement images et commentaires de France 2. Solide équipe, installée en régie et qui assure tout le travail à partir de quelques moniteurs. Derrière le micro et sous le casque, Thierry Adam et Laurent Fignon, efficacement secondés par deux hélicos et deux motos, la première chevauchée par Laurent Jalabert s’occupant des échappés, la seconde avec Laurent Bellet en selle est chargée du peloton. Et pourtant, même lorsque l’organisation semble être parfaitement au point, quelques amusants couacs peuvent parfois se produire. Ainsi, petite conversation entre Thierry Adam (en régie) et Laurent Bellet (moto) :
"Dites-moi Laurent, il nous semble que ça bouge à l’avant du peloton, pouvez-vous nous en dire plus ?"
"Désolé Thierry, nous sommes à l’arrière, et de là nous ne pouvons pas voir ce qui se passe devant. Nous allons tenter de rejoindre la tête de la course." Quelques minutes plus tard, nouvelle intervention de Thierry Adam :
"Laurent Bellet, il semble qu’il y ait eu une chute ou une crevaison à l’arrière du peloton. Pouvez-vous nous renseigner ?"
"Désolé, je suis remonté à l’avant, et d’ici je ne vois absolument pas ce qui se passe à l’arrière. Je vais me laisser glisser."
Avoir ou ne pas avoir le don d’ubiquité, telle est la question.